Carte illustrée intitulée « Pour commencer votre génosociogramme », avec la liste du matériel et des informations à préparer : grande feuille, couleurs, noms, prénoms, dates familiales, fratries, unions, séparations et carnet de notes.

Le génosociogramme : commencer à regarder son histoire familiale autrement

Nous connaissons parfois les grandes lignes de notre histoire familiale.

Nous savons où sont nés nos parents, combien d’enfants avaient nos grands-parents, quels métiers ils exerçaient ou quels événements ont marqué leur vie.

Mais derrière les dates et les liens de parenté se trouve une autre histoire, plus discrète.

Une histoire faite de places occupées, de séparations, de silences, de prénoms transmis, de deuils, de secrets, de rapprochements, de conflits, de fidélités et de répétitions.

Le génosociogramme permet de commencer à rendre cette histoire visible.

Il ne s’agit pas simplement de dessiner un arbre généalogique. Il s’agit de représenter la famille sur plusieurs générations, en y inscrivant les événements et les relations qui ont pu participer à la construction de chacun. Contrairement à l’arbre généalogique traditionnel, il ne montre donc pas uniquement les filiations : il peut également faire apparaître les événements marquants, les dates importantes, les prénoms récurrents et la nature de certains liens affectifs.

Cet article s’adresse à celles et ceux qui souhaitent commencer, simplement, sans avoir besoin de tout savoir ni de tout comprendre immédiatement.

Qu’est-ce qu’un génosociogramme ?

Le génosociogramme, également appelé génogramme dans certaines approches, est une représentation graphique de la famille sur plusieurs générations.

À première vue, il ressemble à un arbre généalogique. On y retrouve les parents, les grands-parents, les arrière-grands-parents, les frères, les sœurs, les oncles, les tantes et les enfants.

Mais sa fonction est différente.

L’arbre généalogique répond principalement à la question :

« De qui est-ce que je descends ? »

Le génosociogramme ouvre d’autres interrogations :

« Qu’est-ce qui s’est transmis dans cette famille ? »
« Quelles places ont été occupées ? »
« Quels événements semblent se répéter ? »
« Quelles histoires ont pu influencer les générations suivantes ? »

Il devient ainsi une sorte de photographie de l’histoire familiale, qui se complète peu à peu au fil des informations retrouvées, des souvenirs et des prises de conscience.

Pourquoi ne pas se limiter à un arbre généalogique classique ?

Un arbre généalogique traditionnel est précieux pour retrouver les filiations, les dates de naissance, les mariages et les décès.

Mais il ne dit pas toujours comment les personnes ont vécu les événements.

Il ne montre pas nécessairement :

  • qu’un enfant a été élevé par ses grands-parents ;
  • qu’un frère ou une sœur est décédé très jeune ;
  • qu’une personne a été exclue ou oubliée ;
  • qu’un couple a connu plusieurs séparations ;
  • qu’un prénom revient à plusieurs générations ;
  • qu’un départ, une guerre, une faillite ou un exil a bouleversé toute une lignée ;
  • qu’une relation était particulièrement proche, conflictuelle ou distante.

Le génosociogramme cherche donc à regarder la famille dans son ensemble. Les frères, les sœurs, les oncles, les tantes et les autres personnes significatives y ont toute leur place, car ils participent eux aussi à l’équilibre et à l’histoire du système familial.

Ce que le génosociogramme peut aider à observer

Le génosociogramme ne donne pas une vérité toute faite.

Il ne suffit pas de repérer deux dates semblables ou deux événements proches pour en tirer une conclusion définitive.

Il offre plutôt un support pour observer, questionner et mettre en relation des éléments qui, jusque-là, semblaient isolés.

Il peut notamment attirer l’attention sur :

  • des répétitions de prénoms ;
  • des âges similaires lors de certains événements ;
  • des décès précoces ;
  • des séparations ou des abandons ;
  • des difficultés de couple qui reviennent ;
  • des faillites, pertes ou déclassements sociaux ;
  • des migrations et des exils ;
  • des secrets ou des sujets jamais évoqués ;
  • des enfants morts avant ou peu après la naissance ;
  • des fausses couches ou interruptions de grossesse ;
  • des places particulières dans la fratrie ;
  • des liens très fusionnels ou, au contraire, des ruptures durables ;
  • des métiers, des vocations ou des choix de vie qui se répètent.

Lorsque plusieurs éléments apparaissent ensemble, ils peuvent devenir des pistes de réflexion.

Le génosociogramme ne dit pas :
« Voilà pourquoi vous êtes ainsi. »

Il invite plutôt à se demander :
« Qu’est-ce que cette répétition éveille en moi ? »
« Comment cette histoire a-t-elle pu être vécue ? »
« Quelle place est-ce que j’occupe aujourd’hui par rapport à cela ? »

Jusqu’où remonter ?

Pour commencer, trois ou quatre générations offrent déjà une base intéressante :

  • vous-même et votre fratrie ;
  • vos parents ;
  • vos grands-parents ;
  • puis, lorsque cela est possible, vos arrière-grands-parents.

Remonter jusqu’aux arrière-grands-parents permet souvent d’élargir considérablement la lecture de l’histoire familiale. On peut alors repérer des répétitions, des prénoms transmis, des destins interrompus, des exils ou des projets restés inachevés qui n’étaient pas visibles sur deux générations seulement.

Mais il n’est pas nécessaire d’attendre de posséder toutes les informations pour commencer.

Un génosociogramme est un document vivant.

Il se construit, se corrige et s’enrichit avec le temps.

Comment commencer son génosociogramme ?

Prenez une grande feuille, de préférence en format A3, un crayon à papier, une gomme et quelques couleurs.

Laissez beaucoup d’espace. Les familles prennent toujours plus de place que prévu !

1. Commencez par vous

Placez-vous vers le bas et au centre de la feuille.

Notez :

  • votre prénom et votre nom ;
  • votre date de naissance ;
  • votre place dans la fratrie ;
  • les événements importants de votre parcours.

Vous pouvez entourer votre symbole ou utiliser une couleur particulière afin de vous repérer facilement.

2. Ajoutez votre fratrie

Inscrivez tous les enfants du couple parental dans l’ordre des grossesses ou des naissances.

Lorsque les informations sont connues et que vous vous sentez prêt à les noter, il est important de ne pas oublier :

  • les frères et sœurs décédés ;
  • les enfants mort-nés ;
  • les fausses couches ;
  • les interruptions de grossesse ;
  • les enfants confiés, adoptés ou élevés ailleurs.

Le document fourni rappelle justement l’importance de prévoir suffisamment d’espace pour l’ensemble de la fratrie, ainsi que pour les différentes unions et relations significatives.

3. Placez vos parents

Reliez-vous à votre père et à votre mère.

Indiquez, lorsque vous les connaissez :

  • leurs dates de naissance et de décès ;
  • leurs métiers ;
  • leurs unions précédentes ;
  • leurs séparations ;
  • les événements marquants de leur vie ;
  • leurs éventuelles maladies graves ou accidents ;
  • leurs liens avec leurs propres parents.

4. Ajoutez les grands-parents et les arrière-grands-parents

Procédez de la même manière pour les deux lignées.

Ne vous concentrez pas uniquement sur la branche paternelle ou sur celle qui porte votre nom de famille. Les deux lignées comptent.

Ajoutez aussi les frères et sœurs de vos parents et de vos grands-parents, surtout lorsqu’ils ont joué un rôle important dans l’histoire familiale.

5. Notez les informations telles qu’elles viennent

Au début, ne cherchez pas à tout analyser.

Inscrivez simplement ce que vous savez :

  • noms et prénoms ;
  • dates ;
  • métiers ;
  • lieux de vie ;
  • mariages et séparations ;
  • migrations ;
  • guerres ;
  • deuils ;
  • faillites ;
  • accidents ;
  • adoptions ;
  • secrets connus ;
  • relations particulièrement fortes ou difficiles.

Le guide recommande d’abord de noter les informations et les souvenirs qui viennent facilement, puis de conserver le document pour le compléter lorsque de nouveaux éléments apparaissent.

Quelles questions poser à sa famille ?

Lorsque cela est possible, interroger les membres de la famille permet d’enrichir le génosociogramme.

Il est préférable d’aborder ces échanges avec douceur, sans transformer la conversation en interrogatoire.

Vous pourriez demander :

  • Comment étaient tes parents ?
  • Qui vivait dans la maison lorsque tu étais enfant ?
  • Y a-t-il eu des personnes dont on parlait peu ?
  • Quels événements ont le plus marqué la famille ?
  • Qui a dû partir ou quitter son pays ?
  • Y a-t-il eu des enfants décédés très jeunes ?
  • Quels étaient les métiers et les rêves de chacun ?
  • Qui s’occupait de qui ?
  • Quelles relations étaient difficiles ?
  • Quels prénoms reviennent souvent ?
  • De quoi était-on fier dans la famille ?
  • De quoi ne parlait-on jamais ?

Les réponses ne sont pas toujours précises ni identiques selon les personnes.

Chacun raconte l’histoire depuis sa place, avec sa mémoire et sa sensibilité.

Ces différences sont elles-mêmes intéressantes.

Que faire lorsque des informations manquent ?

Il est très fréquent de rencontrer des blancs.

Un prénom inconnu.
Une date approximative.
Un père absent.
Une naissance cachée.
Un sujet que personne ne souhaite aborder.

Il ne faut pas inventer.

Vous pouvez simplement noter :

  • « information inconnue » ;
  • « date approximative » ;
  • « version familiale non confirmée » ;
  • « sujet dont on ne parlait pas ».

Le vide est aussi une information.

Il indique parfois qu’une partie de l’histoire n’a pas pu être transmise, qu’elle était douloureuse, honteuse ou trop complexe pour être racontée.

Il est important de respecter les silences des autres et de ne pas forcer une révélation.

Observer sans chercher immédiatement une explication

Lorsqu’on commence un génosociogramme, l’envie de trouver rapidement « le secret » ou « la cause » peut être forte.

Pourtant, le travail le plus fécond commence souvent par l’observation.

Regardez votre feuille dans son ensemble.

Qu’est-ce qui vous frappe ?

Quelle branche est très détaillée ?
Laquelle reste presque vide ?
Quels prénoms reviennent ?
À quels endroits les séparations sont-elles nombreuses ?
Qui semble porter beaucoup de responsabilités ?
Quelles personnes paraissent oubliées ?
Quels événements surviennent à des âges semblables ?

Notez vos impressions dans un carnet, sans conclure trop vite.

Une coïncidence n’est pas automatiquement une transmission. Une répétition mérite d’être explorée, mais toujours avec prudence.

Le génosociogramme ne parle pas seulement des blessures

Lorsque nous regardons notre arbre, notre attention se dirige facilement vers les drames, les secrets et les traumatismes.

Mais une famille transmet également des ressources.

Elle transmet parfois :

  • une capacité à survivre ;
  • une créativité ;
  • un courage remarquable ;
  • un lien fort à la nature ;
  • un talent artistique ;
  • une solidarité ;
  • une manière de prendre soin ;
  • une aptitude à recommencer après une épreuve ;
  • des valeurs et des savoir-faire.

Le génosociogramme permet donc aussi de se demander :

Quelles forces m’ont été transmises ?
Qu’est-ce qui a permis à cette famille de continuer ?
De quelles ressources suis-je également l’héritier ou l’héritière ?

Notre histoire familiale n’est jamais faite uniquement de blessures.

Ce travail peut-il être bouleversant ?

Oui, parfois.

Certaines découvertes peuvent réveiller de la tristesse, de la colère, de la culpabilité ou un sentiment de confusion.

Il est donc essentiel d’avancer à son rythme.

Vous pouvez interrompre le travail, revenir à votre quotidien, laisser reposer la feuille et la reprendre plus tard.

Lorsque les émotions deviennent trop intenses ou qu’un traumatisme important apparaît, il peut être préférable d’être accompagné par un professionnel formé au travail psychogénéalogique ou psychothérapeutique.

Le génosociogramme reste un outil d’exploration. Il ne remplace ni un diagnostic médical ni une psychothérapie lorsqu’ils sont nécessaires.

Commencer, c’est déjà ouvrir une porte

Il n’est pas nécessaire de connaître toute l’histoire de sa famille pour commencer.

Une feuille, quelques prénoms, quelques dates et quelques souvenirs suffisent.

Puis, lentement, l’arbre se dessine.

Il fait apparaître des présences, des absences, des liens et des répétitions. Il nous rappelle que nous appartenons à une histoire commencée bien avant nous, mais que nous ne sommes pas condamnés à la reproduire entièrement.

Créer son génosociogramme, ce n’est pas chercher des coupables dans le passé.

C’est apprendre à regarder avec davantage de conscience ce qui nous a précédés.

C’est reconnaître ce qui a été vécu.

C’est redonner une place à ceux qui ont parfois été oubliés.

Et c’est aussi commencer à choisir ce que nous souhaitons conserver, transformer ou transmettre à notre tour.